Conseils de couvreur
Fuite en partie basse d'un VELUX : pourquoi c'est presque toujours là
Sur une fenêtre de toit qui fuit, l’eau apparaît le plus souvent au même endroit : en bas, sur le bandeau intérieur, parfois sur le tableau qui descend vers la pièce. Ce n’est pas un hasard, et ce n’est pas non plus toujours le signe que la fenêtre est en cause.
La partie basse du raccord d’étanchéité est le point le plus sollicité de l’ouvrage. Elle reçoit l’eau de la fenêtre elle-même, mais surtout celle de tout le pan de toiture situé au-dessus. Sur une toiture de pavillon, cela peut représenter plusieurs mètres de versant qui se concentrent sur soixante ou cent centimètres de largeur.
Cet article ne traite que ce point-là.
Ce que fait réellement la partie basse d’un raccord
Un raccord d’étanchéité de fenêtre de toit se compose de quatre parties : une pièce haute, deux pièces latérales, et une pièce basse appelée bavette.
Le principe de fonctionnement est simple, et il est le même que sur n’importe quel point singulier de couverture : l’eau doit toujours passer par-dessus l’élément situé en aval. La pièce haute glisse sous la couverture supérieure, les pièces latérales recouvrent les tuiles ou ardoises de chaque côté, et la bavette vient recouvrir la couverture du rang inférieur.
Cette bavette est donc la dernière pièce du dispositif. Tout ce que les autres ont collecté finit sur elle. Elle doit conduire cette eau sur la couverture, en aval, et suffisamment loin pour qu’elle ne puisse ni remonter, ni s’infiltrer sous la couverture, ni s’accumuler.
C’est un rôle exigeant tenu par une pièce de tôle mince, plissée, façonnée en usine pour des configurations moyennes. Quand la configuration réelle s’écarte de la moyenne, c’est là que ça lâche.
Cause 1 : une bavette trop courte ou mal engagée
C’est le défaut le plus courant sur les poses rapides.
La bavette doit descendre suffisamment bas sur le rang de couverture inférieur pour que l’eau, en la quittant, soit déjà sur la tuile ou l’ardoise, et non au-dessus du joint entre deux éléments. Quelques centimètres manquants suffisent à faire tomber le filet d’eau exactement à la jonction, qui est le seul endroit où il peut passer.
Deux variantes de ce défaut :
- La bavette n’a jamais été assez longue parce que le raccord retenu ne correspondait pas à la couverture en place. Un raccord pour tuile plate ne travaille pas comme un raccord pour tuile mécanique à fort relief.
- La bavette a été relevée ou déformée, souvent par un passage sur le toit, par une intervention d’antenne ou de ramonage, ou simplement par le poids d’un pied posé au mauvais endroit. Une bavette plissée qui a été écrasée ne reprend pas sa forme.
Cause 2 : un recouvrement insuffisant avec la couverture
Le recouvrement, c’est la longueur sur laquelle deux éléments se chevauchent. C’est ce qui empêche l’eau de remonter entre eux quand le vent la pousse.
Sur une pente forte, l’eau descend vite et le recouvrement peut être modéré. Sur une pente faible, l’eau descend lentement, elle reste plus longtemps en contact avec les jonctions, et le recouvrement doit être plus généreux. Une bavette posée sans tenir compte de la pente réelle du toit crée une zone où le recouvrement est en dessous de ce que la configuration exige.
Le symptôme est caractéristique : la fuite n’apparaît pas à chaque pluie. Elle survient par pluie battante accompagnée de vent, quand l’eau est poussée vers le haut au lieu de descendre librement. Entre deux épisodes, tout semble sec, et le propriétaire conclut que le problème est passé.
Cause 3 : les tuiles ou ardoises du rang inférieur mal retaillées
Autour d’une fenêtre de toit, la couverture ne tombe jamais juste. Les éléments du pourtour se retaillent, et ceux du rang inférieur sont les plus délicats parce qu’ils travaillent sous la bavette.
Trois erreurs se rencontrent régulièrement :
- Une découpe trop courte, qui laisse un jour par lequel l’eau quittant la bavette passe directement sous la couverture.
- Une découpe qui supprime le point de fixation de l’élément. Une tuile qui n’a plus son ergot d’accrochage, une ardoise qui n’a plus son crochet, glisse au premier coup de vent. Elle ne tombe pas forcément : elle se décale de quelques centimètres, et le passage s’ouvre.
- Une découpe qui supprime le relief d’emboîtement sur une tuile mécanique. Ce relief est ce qui empêche l’eau de circuler latéralement. Sans lui, la tuile reste en place mais ne fait plus étanchéité.
Ces défauts se voient de près, sur le toit. Ils ne se voient pas du sol, et c’est pour cette raison qu’une fuite en partie basse est régulièrement attribuée à la fenêtre alors que la fenêtre est saine.
Cause 4 : l’écran de sous-toiture non raccordé
C’est la cause la plus vicieuse, parce qu’elle est invisible et qu’elle produit une fuite décalée dans le temps et dans l’espace.
L’écran de sous-toiture est le film posé sous la couverture. Son rôle est de recueillir l’eau qui passe malgré tout, en pluie battante ou en neige poudreuse, et de la conduire vers l’égout. C’est une seconde ligne de défense, et sur les toitures récentes elle est systématique.
Quand on ouvre une toiture pour poser une fenêtre, cet écran est coupé. Il doit alors être recoupé et raccordé au cadre de la fenêtre, de manière que l’eau qu’il transporte soit déviée sur les côtés puis reconduite en aval, par-dessus la bavette.
S’il est simplement percé, ou coupé au cutter et laissé en l’état, l’eau qu’il transporte arrive au bord de la découpe et tombe. Et elle tombe derrière la bavette, c’est-à-dire à l’intérieur.
Le symptôme trahit cette cause : la fuite apparaît alors que le raccord extérieur est visiblement en bon état, et elle persiste après remplacement du raccord. Reprendre la bavette d’une fenêtre dont l’écran n’est pas raccordé ne sert à rien. Il faut rouvrir.
Cause 5 : la retenue d’eau par obstruction
La bavette forme un léger creux entre la fenêtre et la couverture. C’est normal : c’est ce creux qui canalise l’eau et la conduit sur les côtés.
Ce creux est aussi un piège à débris. Les feuilles descendues du pan supérieur, les aiguilles de conifère, la mousse détachée de la couverture s’y accumulent. En saison, sur un pavillon entouré d’arbres, quelques semaines suffisent.
Ce qui se passe alors est une retenue d’eau : le débris fait barrage, l’eau s’accumule au lieu de s’écouler, et son niveau monte jusqu’à dépasser le recouvrement. Elle passe alors par-dessus la limite prévue et entre.
C’est la seule cause des cinq qui soit d’entretien pur, et c’est aussi la première à vérifier parce que c’est la seule qui se corrige sans démonter quoi que ce soit. Un dégagement de la partie basse du raccord, une fois par an, supprime le problème.
Ce que ça change pour la réparation
Ces cinq causes ne se réparent pas de la même façon, et c’est pour cette raison qu’un remplacement de raccord n’est pas la réponse automatique.
- Les causes 1, 2 et 3 se traitent par l’extérieur, en reprenant le raccord et le pourtour de couverture. On dépose, on vérifie, on retaille correctement, on repose. C’est une reprise de couverture localisée.
- La cause 4 demande de rouvrir jusqu’à l’écran. C’est plus long, et c’est souvent l’occasion de constater que le support a souffert.
- La cause 5 se règle en dix minutes, et il serait dommage de payer une réparation pour ça.
C’est pourquoi nous montons voir avant d’annoncer une intervention. Le diagnostic depuis le sol, ou depuis la pièce, ne distingue pas ces cinq situations. Il faut regarder la bavette, mesurer le recouvrement, regarder les découpes du rang inférieur, et si nécessaire soulever un élément pour voir ce que fait l’écran.
Une fuite en partie basse qui revient après une réparation n’a en général pas été diagnostiquée : elle a été traitée par la solution la plus visible.
Pour une fenêtre de toit qui fuit en Essonne, parlons-en.

